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Histoire de Compiègne /Histoire de nos rues ...

Rue Fournier-Sarlovèze

Aussitôt après la mort de M. Fournier-Sarlovèze qui avait été l'incomparable maire de Compiègne de 1904 à 1935 et qui avait représenté le département à la Chambre des Députés pendant plusieurs législatures, la municipalité que présidait M. de Rothschild, décida de donner le nom de Fournier-Sarlovèze à là rue d'Alger ainsi qu'à l'Etablissement Scolaire qu'il avait fait construire rue Saint-Lazare. Depuis, le nom de Fournier-Sarlovèze a été enlevé de la façade de cette école devenue tout d'abord l'annexe féminine du Lycée Pierre d'Ailly puis enfin le C.E.S. St Lazare. Le nom de Fournier-Sarlovèze est demeuré à l'ancienne rue d'Alger où il avait pendant longtemps habité.
Autrefois la rue Fournier Sarlovèze en formait deux : la rue de la vide-bourse depuis la place du Palais jusqu’à la rue de la Sous Préfecture et la rue du Paon de la rue de la Sous préfecture jusqu’à la rue de Pierrefonds.
LA RUE VIDE-BOURSE
La rue Vide-Bourse devint pendant la Révolution, la rue de la Fédération; puis sous l'Empire, la rue de l'Impératrice; à la Restauration, la rue d'Angoulême; elle prit le nom de rue d'Orléans après 1830, puis celui de rue d'Alger.
A l'origine la rue Vide-Bourse partait du rempart situé à peu près à l'emplacement de la terrasse du Parc. Cette partie de la rue fut démolie pour l'agrandissement de la Place du Château.
C'est près de l'entrée de la rue actuelle au numéro 5 que M. Fournier-Sarlovèze habita. Cet immeuble qui abrite aujour­d'hui le Crédit Agricole avait été édifié par la famille Fournier-Sarlovèze vers 1880 après la chute du Second Empire. Construit en pierres Saint-Leu dans le style décoratif du XIXe siècle. Cette maison fut vendue en 1919 à Mme de Breda, tante de M. d'Estrée de Néry à qui le Crédit Agricole l'acheta à son tour en 1961.

Le haut de la rue Fournier Sarlovèze (photo SHC)Au n° 7 était l'Hôtel du Grand Ecuyer de, France, où l'on a prétendu que Mme du Barry avait logé avant d'être présentée à Louis XV par Lebel.
Ensuite au n° 9 se trouvait l'Hôtel de Bournonville, où demeura M. Jean-François de Sales Esmangart de Bournon­ville qui épousa en 1822 Marie-Constance Borel de Favencourt, fille du Sous-préfet de Compiègne. Cette demeure fut vendue en 1883 par la famille Esmangart de Bournonville à l'Amiral Sallandrouze de Lamornaix.
Le n° 11 avait appartenu à un limonadier et entrepreneur de spectacles, Pierre Creuziat, qui le vendit à un avocat noyonnais, Antoine Sézille de Montarlet, défenseur des Carmélites de Compiègne devant le tribunal révolutionnaire. L'immeuble devint ensuite la propriété de la fille de Sézille de Montarlet, Thérèse-Rosalie Sézille née à Noyon en 1773. Violoncelliste de grand talent, Thérèse Sézille avait épousé à 22 ans Joseph-Marie Pain, auteur dramatique. Mme Pain prenait part à un concert donné à l'Hôtel de Longueville à Paris, au moment où éclata la machine infernale de la rue Saint-Nicaise destinée à tuer Bonaparte. La jeune musicienne, alors enceinte, fut grièvement blessée et l'émotion qu'elle éprouva eut les plus fâcheuses conséquences pour la santé du fils qu'elle mit au monde. Mme Pain vint alors se fixer à Compiègne dans sa maison de la rue d'Alger où elle groupa autour d'elle tous les amateurs de musique de la ville. Décédée en 1859, Mme Pain avait légué une grande partie de son patrimoine aux Hospices de Compiègne à qui elle avait confié son fils, Jules Pain, qui y mourut à l'âge de 60 ans. Peu après la naissance de  leur fils, les époux Pain avaient divorcé. Joseph Pain mourut à la fin de 1830 après avoir connu de nombreux succès comme vaudevilliste et chansonnier.
L'Hôtel d'Agincourt occupait l'emplacement de l'immeuble n° 13. Il appartenait à Jean Aillot qui le vendit à Jean de Jouvengnes, garde des sceaux royaux. Celui-ci le céda, en 1450, à Isaac d'Agincourt. Au XVIème siècle, cet hôtel devint la propriété de la famille Crin. En 1755, Charlotte-Elisabeth Crin, veuve de François Drouin, valet de chambre ordinaire du roi, en fit don à Philippe-Hyacinthe Poulletier, commissaire ordinaire des guerres. Les héritiers de celui-ci vendirent la propriété le 25 août 1772 à Pierre-Randon de Pommery, trésorier général de la Maison de la Reine et garde général des meubles de la Couronne. Cette acquisition était faite pour le compte de la liste civile et l'ancien hôtel d'Agincourt devint sous Louis XVI, le garde-meuble du roi. Saisi comme bien national, le garde-meuble fut vendu eri l'an IV à François Desmoulins et revendu en Tan V à Louis Fontaine, négociant, et Catherine de Billy, sa femme, veuve de Jean-François Soucanye de Noreuil. L'immeuble fut ensuite acquis par Pierre Creuziat et Catherine-Louise Laine, son épouse. La maison passa à leur fille Hortense Creuziat mariée à Adolphe-Alexandre Allardin.
La maison n° 15 appartenait en 1840 à J.B. Hippolyte Biscuit. Elle fut vendue en 1866 au baron de Segonzac, qui la revendit en 1882 au Comte Frédéric-Alexis-Louis Pillet-Will, régent de la Banque de France.
L'immeuble n° 17 à l'angle de la rue de Soissons (aujourd'hui rue de la Sous-préfecture) était le chef-lieu du fief de Travers. Elle appartint au XVIe siècle à Jean Souplet puis à Pierre Perlin, marchand, et au commencement du XVIIe siècle à Jean Légal.
Dans la rue Fournier-Sarlovèze s'ouvre l'impasse d'Alger qui porta le nom de cul-de-sac du Chauffeur, de ce qu'il conduisait à l'établissement d'un chaufournier. Au XVè siècle, Guillaume Le Monnyer habitat ce cul-de-sac. Le Général Quinette de Cernay y habita et y mourut en 1823. Né le 27 juillet 1776, Jean-Charles de Quinette de Cernay s'était enrôlé dans la cavalerie en 1792 et avait fait toutes les campagnes de la Révolution. Major du 2è Chasseurs, il se distingua à Austerlitz. Colonel du 5è Cuirassiers l'année suivante, il fit les campagnes de Prusse, de Pologne et d'Autriche et fut nommé Général de Brigade le 6 Août 1811. Au premier retour des Bourbons, il avait été nommé chevalier de Saint-Louis et commandeur de la Légion d'Honneur, mais, au retour de l'Ile d'Elbe, il se rangea aux côtés de Napoléon. A la seconde Restauration, il fut mis en demi-activité.
A cette époque habitait également rue d'Angoulême, dans la maison portant alors le n° 105, Jean-Pierre Baillet, jardinier-chef du Château Royal.
Du côté opposé de la rue, l'immeuble n° 2 appartient à la famille Margantin. En 1841, il fut vendu par M. Alexandre Barrillon, ancien député et Marie-Félicie Margantin, son épouse, à Stanislas Pluchart, négociant à Saint-Quentin, qui le revendit en 1858 à M. de Bernetz. C'était en Septembre 1914 la propriété de M. de la Tullaye lorsque Von Kiuck vint y loger lors de sa marche sur Paris, dans laquelle il fut arrêté sur la Marne par la victoire de Galliéni.
Le Jardin des Dames de la Congrégation, dont le couvent était rue du Château (aujourd'hui rue  Henri-de- Seroux) aboutissait à la rue Vide-Bourse. Au XIVe siècle, alors que la Ville ne possédait pas encore de Grenier à Sel, on remisait le sel dans des greniers loués à des particuliers, rue Vide-Bourse, chez Raoul Herpin et Guyart Marcoul.
LA RUE DES CHIRONS
La partie de la rue Fournier-Sarlovèze allant de la rue de la Sous-préfecture jusqu'au Carrefour des Quatre-Vents que les Compiégnois ont baptisé le Carrefour des Ecrasés, s'était appelée rue des Chirons, des Chérons, des Chorons, rue aux Chèvres, rue aux Carons. Elle devint la rue du Paon, puis fut la rue Voltaire au temps de la Révolution. Elle reprit ensuite son nom de rue du Paon qu'elle conserva jusqu'en 1870; alors on réunit l'ancienne rue Vide-Bourse et la rue du Paon sous le même nom de rue d'Alger.
A l'angle de la rue du Paon et de la rue de Soissons (rue de la Sous-préfecture) se trouvait l'Hôtel du Paon, occupé par un charron dont l'enseigne figurait un paon faisant la roue.
A l'entrée de la rue du Paon (n° 19) était l'Hôtel de la Rosé qui fut vendu en 1767 par l'abbé Giraud-Ducouder à Jean-François-René de Jouenne d'Esgrigny, seigneur de Dresencourt.

Le bas de la rue Fournier Sarlovèze (photo SHC)Le 5 Août 1645, les religieuses de la Congrégation, alors installées à l'Hôtel du Petit-Ourscamp, rue d'Ardoise (Hippolyte Bottier) furent installées par l'abbé de Saint-Corneille, dans la maison de M.de Rimmecourt, rue des Chirons, près de l'Hôtellerie du Paon. Une partie de la population s'opposa à l'entrée des religieuses dans cette maison et elles durent se réfugier chez le sieur Gruffïh. Par la suite, elles achetèrent un immeuble qu'elles occupèrent rue du Château (rue Henri-de-Seroux).
L'Hôtel de Toulouse, ancien Hôtel d'Humières, occupait les immeubles n 23 et 25. Il avait appartenu au Maréchal d'Humières, puis à Jean-Baptiste Seroux d'Agincourt et à son fils Charles-Auguste Seroux. Lorsque fut posée la première pierre du couvent des Carmélites, entre la rue Otenin et la rue du Four, le 19 Mars 1646, ces religieuses, en attenant la construction de leur couvent, demeurèrent dans l'Hôtel d'Humières qui avait été mis à leur disposition par Charles-Auguste Seroux d'Agincourt, dont deux sœurs étaient Carmélites. Le 1er Mars 1732, l'Hôtel fut vendu à Louis-Alexandre de Bourbon, Comte de Toulouse, fils légitimé de Louis XIV et de Mme de Montespan. Né à Versailles en 1678, le Comte de Toulouse avait été nommé Grand Amiral à 5 ans, puis Gouverneur de la Guyenne à 11 ans. Il n'avait que 13 ans lorsqu'il prit part à l'assaut de Mons et au siège de Namur. Nommé Maréchal de Camp en 1696, Lieutenant-Général en 1697, il prit une part glorieuse à la Guerre d'Espagne. A 24 ans, en 1702, il était mis à la tête d'une escadre avec laquelle il soumit là Sicile au nouveau roi d'Espagne, Philippe V, petit-fils de Louis XIV. En 1704, le Comte de Toulouse se joignant à Duquesne, battait, devant Malaga, la flotte anglo-hollandaise commandée par l'Amiral Rooke. En 1706, il bloquait Barcelone. Le Comte de Toulouse, qui fut un grand marin, fut obligé de renoncer à la mer par la maladie de la pierre dont il mourut en 1737. Saint-Simon, qui, pourtant, ne ménageait guère les personnalités de son temps, a fait un grand éloge du Comte de Toulouse, dont il a vanté la vertu, le courage, l'équité et la droiture.
Il avait épousé Sophie de Noailles, veuve du Marquis de Gondrin, femme douée des plus belles qualités du corps, du cœur et de l'esprit.

Par Jacques Mermet, tiré de "nos rues ont une histoire"