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Histoire de Compiègne /Histoire de nos rues ...

Rue Charmolue

Derrière l’usine à gaz, entre les rues de l’Estacade et Augustin-Thierry, on a tracé la rue Charmolue, qui rappelle une des plus anciennes familles de Compiègne, la plus ancienne, affirme même M. Carolus Barré.
En effet, M. Carolus Barré cite, dès le XIII siècle, Antoine et Renaud Charmolue, mentionnés dans le Cartulaire de St-Corneille, en 1246, 1258 et 1270 ; puis Albe Charmolue au début du XIV siècle. En 1374, un Jean Charmolue est receveur de la taille levée pour la rançon des otages envoyés en Angleterre.
Ce Jean Charmolue serait le père ou le grand-père de Jacques Charmolue, greffier de la prévôté de Compiègne, né vers 1370. Celui-ci figure parmi les bourgeois qui avancent des fonds à la ville pour l’achat du sel, lors du transfert à Compiègne du grenier à sel de Noyon, en 1398. Le 17 septembre 1406, il est désigné pour asseoir la taille levée parle roi pour la guerre. Le 25 janvier 1414, il est, avec Jean Charmolue, parmi les 40 bourgeois, adjoints spécialement au corps de ville pour délibérer sur la demande de Jean-sans-Peur d’avoir passage dans Compiègne. Quelques années plus tard, ce Jacques Charmolue mourait, laissant plusieurs enfants et une grosse fortune.
Sa fille Gillette « jeune et belle damoiselle, dit M. Carolus Barré, apporta dans sa corbeille de mariage une part de l’opulence des Charmolue » au Breton Robert de Kerromp, tabellion royal et procureur de la ville. Se disant noble, Robert de Kerromp refusa d’être assujetti à l’impôt. Il s’ensuivit un procès avec la ville, procès dans lequel l’avocat Jean Rapiot déclara : « Charmolue est de bonne bourgeoisie de la ville, mais n’est noble. Veu ce qu’ils ont acquis et qu’ils ont grant foison d’enfans, se ils sont nobles, la moitié de la ville en la fin sera noble et n’y aura personne qui paye les aides de la ville. »
Gillette Charmolue, épouse de Kerromp, mourut en novembre 1437 et fut inumée à St-Corneille. Elle laissait six enfants. En 1450, l’aîné, Jacques, était clerc de la Prévôté ; deux filles, Gillette et Catherine, étaient mariées, l’une à Jean Voisine, l’autre à Adam Murlot, clerc du bailliage de Senlis. Les trois derniers, Jannin, Ameline et Marion, n’étaient pas encore établis. Peu après, Ameline épousa Jean Bourgeois, chaussetier, rue du Pont.
Jacques Charmolue avait un fils, prénommé également Jacques, seigneur de Garges, auditeur pour le roi des causes au Châtelet de Paris, de 1436 à 1449, marié à Marguerite Barthelemy, dont il eut un fils, Jacques, également avocat et conseiller au Châtelet, lequel fut père de Nicolas Charmolue.
« Marie Charmolue, dame de La Croix-Guyon, fille de Jacques Charmolue, avocat au Parlement, épousa, en 1569, François Chauvelin, dit M. Carolus Barré. De ce mariage sont issus le chancelier Le Tellier, le ministre Louvois, les Colbert, marquis de Villacerf et de St-Pouange, les La Rochefoucauld, etc. »
M. Carolus Barré signale encore Pierre Charmolue, marchand épicier, propriétaire de l’hôtel des Coquelets au Change ; Laurent Charmolue, possesseur, après Jacques Charmolue, son père, de l’hôtel des Étrilles, etc.
En 1424, les Français, commandés par Yon Du Puis, avaient repris, par surprise, Compiègne occupé par les Anglais, mais assiégés à leur tour, ils durent entrer en pourparlers avec l’ennemi. Comme le régent anglais, Bedford, menaçait de mettre la ville à feu et à sang les habitants décidèrent d’envoyer à Venette une députation à Bérard de Montferrand, lieutenant de Bedford, afin de négocier un traité particulier pour la ville. Six bourgeois furent désignés pour cette mission, parmi lesquels Laurent Charmolue. Leur négociation ayant échoué, on envoya une députation de six femmes qui, moyennant une gratification de 30 écus d’or au sire de Montferrand, et de 4 écus à son secrétaire, obtinrent son intervention auprès de Bedford.
Pendant le siège de 1430, Laurent Charmolue prit à terme le moulin à chevaux établi sous la grand halle, pour moudre les grains pour les besoins de la ville assiégée. Jean Charmolue, mercier et tavernier dès 1426, fut attourné de Compiègne de 1445 à 1448, et prévôt royal en 1451.
Robert Charmolue est proposé comme attourné en 1466, mais n’est élu que de 1472 à 1476.
Plusieurs autres Charmolue ont été attournés de la ville : Adrien, en 1493 et réélu en 1496 ; Robert, en 1525 ; Jean en 1573, réélu en 1571 ; Antoine, en 1577 ; Pierre, en 1592 ; Frédéric, en 1604, réélu en 1615 ; Pierre, en 1660 ; François, en 1677 ; Elie, en 1691, réélu en 1693.
Jacques Mermet.