Le grenier à sel
Le grenier à sel de Compiègne avait été transféré en 1396 de Noyon, qui le récupéra ensuite partiellement. On y trouvait l’entrepôt, l’administration et la juridiction de la gabelle. Son emplacement compiégnois a varié. L’intendant Bertier de Sauvigny le fit reconstruire à la place de l’ancienne prison, en face de laquelle les condamnés à mort avaient été pendant si longtemps suppliciés.
Les travaux, qui s’achevèrent en 1784, furent dirigés par Claude Nicolas Ledoux, le constructeur des Salines d’Arc et Sénans (Franche-Comté) et des pavillons d’entrée de l’ancien mur d’octroi à Paris. Le manque de recul s’explique par les contraintes d’un terrain placé obliquement et exigu. L’appareillage des murs en refend, le fronton creusé d’une niche et reposant sur des consoles contribuent à l’aspect monumental de ce bâtiment fonctionnel.
Les motifs sculptés du fronton sont malheureusement très abîmés et ont souffert du vandalisme révolutionnaire: statues décapitées, couronne et armes de France martelées. Une large ouverture en plein cintre permettait d’accéder à l’entrepôt du rez-de-chaussée et, par un escalier, aux locaux judiciaires.
La gabelle ayant été officiellement supprimée en mai 1790, les bâtiments servant de grenier à sel ont été soit aliénés soit réemployés à d'autres usages administratifs. Napoléon n'a pas rétabli la gabelle mais a simplement accolé des droits au sel, or blanc en ce temps-là, dans le cadre d'un rétablissement des impôts indirects sur divers produits de grande consommation ou de luxe ; toutefois le sel n'est pas redevenu un monopole d'Etat comme sous l'Ancien Régime, mais un produit en vente libre et taxé (à la différence du tabac, vendu seulement dans les bureaux de tabac et à la fiscalité spécifique élevée - un statut qui n'a pas changé). Après la Révolution, le Grenier à sel de Compiègne passe aux mains de particuliers pour divers usages. En 1850, il est racheté par la Ville à M. Rivière et aménagé en halle à la viande, une vente à la criée du poissons'y ajoute à partir de 1889. La suppression de l'activité de cette halle est décidé en 1902 et la vente de l'immeuble est même envisagée mais abandonnée devant les protestations qu'elle suscite. En 1910, la Société Omnia-Pathé envisage d'installer une salle de cinéma sur son emplacement. La façade de l'immeuble est inscrite à l'inventaire des Monuments historiques en 1947. Une galerie marchande y est ouverte en 1977, protégée par un vitrage l'année suivante ; elle est enfin en limite du secteur piétonnier inauguré en octobre 1982.